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Phonétique et phonologie : quelques notions théoriques


Qu’est-ce que la phonologie ? : phonétique et phonologie

La phonologie est une des branches de la linguistique. Appelée aussi phonématique ou phonétique fonctionnelle, la phonologie se distingue subtilement de la phonétique :

« Alors que la phonétique a pour objet l’étude scientifique des sons du langage dans leur émission, leur réception, leurs caractères physiques, la phonologie est une science qui étudie les sons, non pas en eux-mêmes, mais du point de vue de leur fonction distinctive dans le système de la langue : cette distinction repose sur la différence entre le son et le phonème, le premier appartenant au domaine de la substance, le second à celui de la forme. Ce qui revient clairement à dire que la parole est la manifestation physique du système, alors que la langue est la condition pour que cette parole fonctionne comme moyen de communication. » [*] (p. 44)

« […] tout système abstrait dégagé par la phonétique fonctionnelle, c’est-à-dire par la phonologie, se manifeste par et dans un flux sonore.
L’opposition entre la phonétique (au sens restreint du terme), qui se consacre à l’étude de la production des sons du langage humain, de leur transmission et de leur réception, et la phonologie n’est donc qu’apparente. En réalité les progrès réalisés dans l’étude des facteurs acoustiques et physiologiques ont contribué et contribuent encore à considérablement améliorer la connaissance des rapports hiérarchisés qui structurent la substance du langage oral pour en faire une forme définie par sa fonction communicationnelle. » [*] (p. 71)

Ainsi, plus précisément la phonétique peut être subdivisée en trois branches liées à l’étude de la « substance » : phonétique acoustique (analyse physique des sons), phonétique auditive (étude des réactions de l’oreille humaine aux stimuli acoustiques), la phonétique articulatoire (étude de l’appareil vocal humain lors de la production des sons) et une branche liée à la « forme », la phonologie.

Phonétique articulatoire

Conditions de l’émission

« Les organes vocaux (parties du corps utilisées dans l’émission de la parole) sont les poumons, la trachée, le larynx avec les cordes vocales, le pharynx, les cavités buccales et nasales. Ils constituent un tube de forme complexe dont la partie qui s’étend au-dessus du larynx, le conduit vocal, peut varier considérablement en fonction des mouvements de la langue, du voile du palais et des lèvres.
[…]

[Un] écoulement d’air, habituellement inaudible, peut rencontrer à tous les points de son trajet un rétrécissement ou une fermeture momentanés susceptibles de donner naissance à un bruit. Ainsi sont fabriquées les consonnes constricives (rétrécissement) et les consonnes occlusives (fermetures), chacune de ces productions pouvant être accompagnée (consonnes sonores) ou non (consonnes sourdes) de la vibration des cordes vocales. Celles-ci, lors du voisement, s’ouvrent et se ferment rapidement pour fragmenter la colonne d’air en bouffées successives. Si un son est propulsé de la sorte mais que le passage reste ensuite ouvert, on parlera de voyelles (ou de semi-voyelles s’il se produit un léger resserrement). » [*] (pp. 73-74)

Quelques éléments de phonétique acoustique

« Les sons sont des variations de la pression atmosphérique que notre appareil auditif enregistre par l’intermédiaire du tympan. Ces variations ont la forme d’ondes qui se propagent la plupart du temps dans l’air à une vitesse d’environ 330 mètres/seconde. » [*] (p. 81).

« La parole en tant que phénomène physique peut venir de deux types de sources sonores. La production de sons voisés comme les voyelles fait intervenir une source d’impulsions périodiques : l’ensemble poumons-cordes vocales. Les sons non-voisés (les consonnes sourdes) sont engendrés, eux, par une source de bruit, c’est-à-dire d’impulsions apériodiques. […] Pour certains sons (consonnes sonores), il est nécessaire de coupler impulsions périodiques et impulsions apériodiques […]. » [*] (pp. 83-84)

« Le signal émis au niveau des cordes vocales est complexe […]. [Il] va être modifié en passant par le conduit vocal. Celui-ci est constitué de cavités (pharyngale, buccale — elle-même décomposable en cavité antérieure et en cavité postérieure —, nasale, labiale) dont il est possible de modifier la forme et les relations. Leurs volumes respectifs ainsi que leurs couplages acoustiques seront donc déterminés par l’articulation et en particulier par la position de la langue. Ces cavités jouent le rôle de caisses de résonance, c’est-à-dire qu’elles renforcent dans le spectre sonore les harmoniques dont la fréquence est proche de la leur. Les zones de fréquence ainsi renforcées sont appelées formants et […] ce sont les éléments qui permettent la reconnaissance et l’identification des sons. […]
Lors de la production d’une voyelle, le conduit vocal se modifie très peu. La fréquence des formants des voyelles que l’on veut produire est donc relativement stable. Par contre, la forme de ce conduit vocal, lors de l’émission de certaines consonnes, évolue rapidement, ce qui produit un changement de la fréquence des formants propres aux voyelles qui les précèdent et qui les suivent. Ces phases transitionnelles sont caractéristiques de la consonne prononcée. » [*] (pp. 84-85)

En fin du côté de la perception, doivent être notés les rôles du conduit auditif, résonateur qui amplifie les ondes sonores aux fréquences proches des siennes, du tympan, de l’oreille moyenne, permettant l’amplification des sons faibles tout en protégeant l’oreille interne des sons trop forts.
Les notions définies sont la force, intensité physique d’un son, la hauteur, liée à la fréquence, la durée, le timbre lié au renforcement plus ou moins prononcé de certaines harmoniques.

Alphabet phonétique international (API)

« La grande place donnée aux textes écrits dans notre système éducationnel, phénomène qui s’accentue au fur et à mesure que l’on franchit des degrés de l’apprentissage, contribue très souvent à nous faire croire qu’une langue s’identifie à son code graphique (son système d’écriture). Mais il est évident qu’une langue vivante se présente essentiellement comme une combinaison de sons. Ceci est important non seulement pour l’étude des langues étrangères (ce que chacun admet assez facilement) mais aussi pour celle de notre propre idiome (ce qui nécessite une prise de conscience beaucoup plus difficile à obtenir qu’on ne le croit généralement).
[…] [L’alphabet phonétique] obéit à un principe simple : à chaque son différent d’une langue correspond, dans un système de transcription arbitraire, un signe graphique différent. » [*] (p. 89)

Les signes de l’API utilisés pour le français sont :
- pour les voyelles : [i] [e] [ɛ] [a] [ɑ] [ɔ] [o] [u] [y] [ø] [œ] [ə] [˜ɑ] [˜ɛ] [˜ɔ] [˜œ], plus quelques signes complémentaires permettant de noter la durée, le timbre ou les diphtongues.
- pour les consonnes et semi-consonnes : [p] [b] [m] [t] [d] [n] [k] [g] [ɲ] [s] [z] [ʃ] [ʒ] [f] [v] [ʀ] [l] [j] [ɥ] [w], plus quelques signes complémentaires permettant de noter l’assourdissement (dévoisement) ou la sonorisation (voisement).

Classements

Classements articulatoires

Les voyelles

« Si l’on s’appuie sur les seuls faits articulatoires, on peut définir les voyelles comme des sons qui demandent la vibration des cordes vocales et un libre passage dans le canal buccal. Naturellement cette définition n’implique nullement que ce qui se passe dans la bouche soit sans effet sur la formation des voyelles.

Les mouvements horizontaux de la langue permettent d’utiliser un premier grand critère de classification : le lieu d’articulation (ou point d’articulation […]). Pour les voyelles, il s’agit essentiellement de désigner l’endroit de la voûte palatine vers lequel la langue gonfle sa masse musculaire. On oppose ainsi les voyelles palatales, pour lesquelles la partie antérieure du dos de la langue s’élève vers le palais dur, aux voyelles vélaires, pour lesquelles la partie postérieure de ce même organe se dirige vers le palais mou. Si c’est la partie moyenne du dos de la langue qui s’élève vers un point médian de la voûte palatine, on parlera de voyelles moyennes, terme rarement utilisés pour le français.

Interviennent ensuite les différents paramètres définissant le mode d’articulation, c’est-à-dire la façon dont s’effectuent les mouvements de l’appareil phonatoire.
- le degré d’aperture, déterminé par les mouvements verticaux de la langue, est mesuré par les voyelles par la distance entre la langue et la voûte palatine à l’endroit du gonflement maximal de la langue. […]
- la labialisation, qui désigne le mouvement plus ou moins marqué des lèvres vers l’avant, permet de faire la différence entre voyelles labialisées et voyelles non labialisées. Cette opposition, en particulier est utile pour mettre en valeur le fait que notre langue trouve l’une de ses originalités dans une série de voyelles antérieures labialisées ([y], [ø], [œ]), voyelles que l’on appelle parfois voyelles orales composées pour mieux les différencier des voyelles orales simples, et rappeler ainsi qu’elles réunissent deux mouvements articulatoires rarement associés (articulation antérieure et labialisée). Toutefois, il ne faut pas trop exagérer l’importance de ce facteur car l’observation quotidienne montre qu’un assez grand nombre de locuteurs français parlent en projetant peu les lèvres. Dans ce cas, ils modifient les autres articulations des sons labialisés pour obtenir leur reconnaissance par une série de compensations. […]
- La description de certaines langues comme le français fait intervenir un troisième mode d’articulation : la nasalisation. On abaisse alors le voile du palais pour mettre en communication le canal pharyngo-buccal avec les fosses nasales et laisser ainsi passer une partie de l’air par le nez. Les voyelles nasales s’opposent aux voyelles orales dans une terminologie que nous avons déjà signalée comme confuse, puisque dans le premier cas le flux d’air suit deux voies : la buccale et la nasale. […]
- Deux autres facteurs peuvent encore intervenir dans la définition des modes d’articulation : la durée et la tension. » [*] (pp. 93-96)

Ces deux derniers facteurs seraient peu discriminant en français. En outre :

« En définitive, on décrit des classes de sons en sachant pertinemment qu’à l’intérieur d’une même classe on peut trouver des différences suffisantes entre sons pour que l’on puisse discuter leur introduction dans une même classe. En fait, sur ce plan, la phonétique contemporaine préfère désormais insister sur l’ensemble des habitudes articulatoires qui caractérisent une langue donnée par rapport aux autres langues : sa base articulatoire. Pour le français, elle serait définie par quatre termes : antériorité - labialisation - nasalisation - tension. » [*] (p. 97)

Classement selon l’aperture
voyelles fermées [i] [u] [y]
voyelles mi-fermées [e] [o] [ø]
voyelles mi-ouvertes [ɛ] [ɔ] [œ]
voyelles ouvertes [a] [ɑ]
Classement selon la labialisation/nasalisation
orales non labialisées [i] [e] [ɛ] [a]
orales labialisées [y] [ø] [œ] [ɑ] [ɔ] [o] [u]
nasales [˜ɛ] [˜œ]
nasales labialisées [˜ɑ] [˜ɔ]
Classement selon le lieu d’articulation
palatales antérieures [i] [e] [ɛ] [a] [y] [ø] [œ] [˜ɛ] [˜œ]
vélaires postérieures (pharyngées) [ɑ] [ɔ] [o] [u] [˜ɑ] [˜ɔ]

Les consonnes

Une première classification du système consonantique (en français) tient compte des paramètres contribuant au mode d’articulation : le degré d’aperture (occlusives/constrictives/sonantes), la sonorité (sourdes/sonores), la nasalisation (nasales/vibrantes/latérales).

Classement selon le mode d’articulation
Occlusives
sourdes [p] [t] [k]
sonores [b] [d] [g]
Constrictives ou fricatives
sourdes [s] [ʃ] [f]
sonores [z] [ʒ] [v]
Sonantes (sonores)
nasales [m] [n] [ɲ]
latérale [l]
lvibrante [r]

Un second type de classification fait intervenir le lieu d’articulation, ou plus précisément le lieu d’articulation proprement dit et l’organe d’articulation formant un obstacle.

Classement selon le type d’articulation
Types d’articulation Sons
bilabial [p] [b] [m]
labio-dental [f] [v]
apico-dental

(ou post-dental)

[t] [d] [n]

[l]

apico-alvéolaire [ʃ] [ʒ]

[r]

prédorso-alvéolaire [s] [z]
dorso-palatal [k] [g] [ɲ]
dorso-vélaire [k] [g]
dorso-uvulaire [ʀ]

Classements acoustiques

Par ailleurs, l’analyse acoustique des sons donne lieu à des classifications acoustiques des voyelles (liées aux formants principaux) et des consonnes (liées au concept de locus) [*] (pp. 100-106).

Les phonèmes en français

La langue française se fonde sur environ 36 phonèmes (16 voyelles, 17 consonnes, 3 semi-consonnes). Leur fréquence est estimée comme suit [**] :

Fréquences des phonèmes en français
Sons Oral Écrit
[a] 8,1% -
[e] 6,5% 7,5%
[ʀ] 6,9% 7,4%
[l] 6,8% 6,4%
[s] 5,6% 5,8%
[i] 5,6% 5,6%
[t] 4,5% 5,4%
[k] 3,8% 4,5%
[d] 3,5% 4,5%
[p] 4,3% 3,3%
[˜ɑ] 3,3% 3,3%
[m] 3,4% 3,2%
[ɛ] 5,3% 3%
[u] 2,1% 2,7%
[y] 2% 2,7%
[n] 2,8% 2,4%
[o] 2,2% 2,3%
[v] 2,4% 2%
[˜ɔ] 2% 1,9%
[ɔ] 1,5% 1,7%
[f] 1,3% 1,3%
[ʒ] 1,7% 1,25%
[˜ɛ] 1,4% 1%
[j] 1% 1%
[w] 0,9% 0,77%
[ɥ] 0,7% 0,71%
[z] 1,4% 0,6%
[ø] 0,6% 0,55%
[ʃ] 0,5% 0,5%
[˜œ] 0,5% 0,5%
[g] 0,3% 0,5%
[œ] 0,3% 0,45%
[ɲ] 0,1% 0,12%

Notes

[* CHISS Jean-Louis, FILLIOLET Jacques, MAINGUENEAU Dominique, Linguistique française, Hachette, 1993.

[** D’après les données indiquées dans GOASDOUÉ Youenn, COURTIES Isabelle, SABATHIÉ Laurent, Justine et compagnie, guide pédagogique, éditions Belin, 2000.

  • Phonétique et phonologie : quelques notions théoriques
  • Pierre Coutil
  • jeudi 29 octobre 2009
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