À l’occasion de la “Journée internationale des enfants disparus” [1], le Ministère de l’Éducation Nationale a organisé une campagne de prévention sur les risques de l’Internet à destination des élèves de CM2, intitulée “Sur la Toile, méfie-toi des pièges”. Cette campagne prévoyait notamment la distribution de 800 000 tapis de souris portant le nom de l’opération, les « dix commandements » à respecter sur la toile et… une dizaine de logo d’entreprises sous la mention « Au service de l’enfance avec nos partenaires ».

En effet, l’opération de sensibilisation a été lancée en partenariat avec trois associations membres de la Fédération Européenne pour Enfants Disparus et Sexuellement Exploités, mais surtout avec le concours de 13 entreprises. Si l’on peut s’étonner que certaines d’entre elles n’aient qu’un rapport lointain avec les nouvelles technologies de l’information et de la communication (Nestlé waters, Vert Baudet, etc.), ces entreprises ont très certainement à cœur de se mettre au « service de l’enfance » au cours d’une opération qui leur permet d’apparaître « en milieu scolaire, afin de bénéficier des facilités d’accès à une population ciblée et captive envers laquelle elles ne poursuivent en fait qu’une stratégie commerciale » [2]. Ainsi, les enseignants sont invités à distribuer aux futurs collégiens des tapis de souris où apparaissent, entre autres, quatre opérateurs de télécommunications.

Le Ministère donne régulièrement son aval à de tels partenariats qui vont à l’encontre des valeurs fondatrices de l’école républicaine et couvre des opérations publicitaires détournées, autorisant ainsi la distribution de matériel publicitaire pédagogique auprès des élèves dans les établissements scolaires.
L’éducation aux nouvelles technologies nécessite du matériel coûteux (que les mairies n’ont pas toujours la possibilité d’acheter et de renouveler régulièrement) et la formation des personnels aux nouvelles techniques et aux nouveaux usages induits par ces technologies.
Les carences de l’Etat dans ce domaine ouvrent grand la porte aux entreprises privées qui s’empressent — localement ou nationalement — de proposer leurs services. Ici, une banque offre des ordinateurs, là un fabricant échange du matériel, une formation ou des logiciels contre une communication dans la presse locale.... Au niveau national, les partenariats se multiplient dans ce domaine, citons par exemple, en maternelle l’opération KidSmart avec IBM ou, dans le secondaire, l’opération “Le tour de France des collèges” en partenariat avec notamment les sociétés Calysto, Microsoft, Google, Symantec…
Ces dérives nous paraissent dangereuses au regard des valeurs que doit, plus que jamais, porter l’école républicaine et laïque, mais aussi parce que de telles opérations entérinent l’intervention grandissante d’opérateurs privés dans le champs de l’éducation.
