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Le stress des enseignants


Les extraits ci-dessous sont issus de l’article :
- YASSINE Flora, “Le stress des enseignants”, Sciences Humaines n°202, mars 2009, pp. 16-21.

Des témoignages et des enquêtes montrent qu’enseigner est un métier générant du stress et de la souffrance, signes des « difficultés d’une profession atteinte […] par les mutations sociales et les nouveaux fonctionnement de l’institution ».

Profs au bord de la crise de nerf

La journaliste rend compte de témoignages d’un malaise voire d’une souffrance : faits divers (agression), suicides, essais et livres de récits, témoignages sur des sites, blogs ou forums, etc.
Elle pointe le manque reconnaissance et la culpabilité. Cite des chiffres d’enquête d’opinion (enseignants) et étude épidémiologique de la MGEN en 2001 67% des enseignants estiment vivre un stress au travail plus important que dans d’autres métiers. Les enseignants souffrent « significativement d’affections spécifiques : insomnies, migraines, zonas, affections des voies respiratoires… », mais pas plus de dépressions qu’ailleurs. Selon sondage CSA de 2008, 93% des enseignants jugent leur profession dévalorisée, près de 50% veulent changer de métier (mais rester fonctionnaires). Bref, « le “malaise au travail” observé aujourd’hui dans de nombreuses professions […] n’épargne pas les enseignants et prend pour eux des caractéristiques bien spécifiques. »
Cette pénibilité du métier est niée par la société qui considère les enseignants comme des privilégiés, méconnaissance de la réalité quotidienne des classes, difficile reconnaissance de la complexité des tâches.
Cite Janot-Bergugnat et Rascle [1] : enseignants pris dans injonctions contradictoires. Rôle dévalorisé et exigences plus grande à leur égard. Manque de reconnaissance est source de culpabilité. Les enseignants sont peu soutenus par la société, soupçonnés d’être responsables des problèmes de l’école et affrontent « une pluralité d’exigences, venues des changements sociaux et des transformations de l’institution ».

L’accumulation des missions

Cite descriptions de leur métier par enseignants témoignant d’une « dureté de leur expérience professionnelle ».

Une piste explicative est l’évolution du métier et l’apparition de nouvelles missions. « Depuis une trentaine d’années, les évolutions de la société ont contraint les enseignants à transformer leurs pratiques. Les élèves ont changé et ont acquis un droit d’expression parfois difficilke à gérer : les profs doivent faire face à ces petites incivilités ou plus grande violences qui sont entrées dans les murs de l’école, éduquer à la citoyenneté, à la démocratie, au respect d’autrui ». Et « créer les conditions de faire classe » en plus d’enseigner.
« Il faut prendre en compte aussi la variété des publics, la diversité des cultures, la connaissance des religions et des modes de socialisation familiale. Sans compter que, dans une société où l’échec scolaire est considéré comme une grave injustice, les profs se doivent d’obtenir de meilleurs résultats avec des élèves dont le niveau, les capacités, les goûts sont de plus en plus hétérogènes. »
Depuis 1989, superposition de réformes dont les objectifs sont (i) réussite de tous (ii) adaptation de la pédagogie à chaque élève (cf. actions de soutien et « remédiation », individualisation).
Depuis 2005, accueil des enfants handicapés (ajustement important des préparations et pratiques)

Nouvelles « exigences professionnelles de la part d’une institution en pleine transformation » : mise en concurrence des établissements scolaires suite à la décentralisation, nouveau management (à l’école comme ailleurs, impliquant des démarches d’analyse et d’évaluations, réalisation projets d’école et d’établissement), donc tâches supplémentaires.
« À la gestion de la classe au quotidien, aux corrections et à la préparation des cours, au suivi individualisé des élèves, viennent s’ajouter les livrets d’évaluation annuels imposés par le ministère, la tenue de nombreuses réunions avec les collègues et les autres personnels de l’éducation (santé, orientation, etc.) ».
Adaptation à de nouveaux rapports avec familles : demandes sont de plus en plus exigeants de familles stressées et inquiètes par scolarité des enfants, suspicions face à l’institution, fin de l’école sanctuaire, parents demandent des comptes, des explications…

« En résumé, les enseignants doivent faire face à de nouvelles exigences de polyvalence, de polycompétences, de participation aux équipes pédagogiques et au travail collectif, de satisfaction aussi de leurs usagers que sont les élèves en manifestant une réflexivité qui leur permettant de s’adapter à des demandes sans cesse nouvelles ».

Comment l’affronter

Période actuelle d’adaptation de « redéfinition des repères », Lantheaume et Hélou [2] définissent « trois postures du métier : la prise, l’emprise, la déprise. La prise : domine le plaisir de faire un métier qu’on aime. L’emprise : face aux difficultés, sentiment d’être débordé, « submergé par les sollicitations et la diversité des registres d’action ». Déprise : sentiment d’impuissance entraîne doute, incertitude, insatisfaction, désengagement.
Van Zanten et Rayou [3] ont étudié les « nouveaux » enseignants et distinguent : les « survivants » qui vivent difficilement les débuts avec forte envie de démission, les « raisonnés » qui gèrent pragmatiquement leur carrière, les « motivés » dont l’implication pédagogique est forte.

Blanchard-Laville [4] note que métier « qui expose fortement au niveau relationnel », procure sentiment d’échec, instatisfaction, mais aussi « plaisirs intenses » (plaisir transmettre, contact humains avec élèves), mais nombreux sont ceux qui sont submergés.
D’autant qu’il reste difficile aux enseignants de parler, d’avouer leurs difficultés (peur jugements collègues et hiérarchie). Parfois mise à l’index réel des enseignants en difficulté. La liberté pédagogique et l’autonomie des enseignants réaffirmés par textes récents peuvent aussi être piège dans cas de classe fermée où l’enseignement se retrouve seul face à ses élèves et à ses difficultés. Etude récente souligne l’importance des actions collectives.

Janot-Bergugnat et Rascle « dressent des “modes de travail protecteurs” à partir de plusieurs enquêtes […] Le travail en équipe qui permet de libérer la parole, partager les expériences, se passer les cours lorsqu’ils se sont montrés efficaces, […], la solidarité et la construction d’une culture commune permettent de mieux résoudre les problèmes de violences, d’améliorer le climat scolaire et par là même le bien-être et l’efficacité des enseignants. Un management protecteur (écoute accordée aux personnels, soutien actif et empathique du chef d’établissement par exemple) est aussi un facteur essentiel de réduction des riques, tout comme le dialogue et la coopération avec les familles. » Mais tout cela est loin d’être la règle.
Les « nouvelles formes de professionnalisation » nécessitent un changement radical dans les représentations du métier d’enseignant, des transformations du système, une formation initiale adéquate.

- Encart “Qui est le-la plus stressé(e) ?” (p. 18)
Les femmes plus que les hommes, l’âge intervient peu, vulnérabilité en début de carrière, plus difficile pour les profils « passifs » qu’actifs face aux difficultés, importance du contexte des collègues (ambiance de l’équipe de travail).

- Encart “Les agents stressants” (p. 19)
L’intensité et la charge de travail, le conflit des rôles (éduquer ou instruire), le manque de reconnaissance, le manque de motivation des élèves pour apprendre, le climat des classes, l’inadéquation de la formation.

- Encart “Quatre stratégie d’ajustement” (p. 20)
Réfère à la notion de coping (Lazarus et Folkman, 1984) qui « désigne les stratégies d’ajustement cognitives et comportementales pour faire face à des situations stressantes ». Pour les enseignants, on en retient notamment quatre. (i) La centration sur le problème (analyse objective situations, recherche de solution, contrôle émotions, focalisation sur positif, encouragement élève) attitude fréquente et seule efficace (ii) l’expression des émotions (évitement, fuite, enfermement) attitude plutôt masculine, accentue risque de burnout, débouche sur attitude cyniques et agressives (iii) le besoin de communiquer (recherche partage émotion,registre de la plainte souvent) attitude souvent féminine, pas de recher d’un réel soutien, n’est pas efficace face burnout (iv) le recours à un style traditionnel, attitude autoritaire, stratégie de survie, risque d’épuisement, courante chez débutants.

Notes

[1] JANOT-BERGUGNAT Laurence, RASCLE Nicole, Le Stress des enseignants, Armand Colin, 2008.

[2] HÉLOU Christophe, LANTHEAUME Françoise, La souffrance des enseignants, PUF, 2008.

[3] RAYOU Patrick, VAN ZANTEN Agnès, Enquête sur les nouveaux enseignants. Changeront-ils l’école ?, Bayard, 2004.

[4] BLANCHARD-LAVILLE Claudine, Les enseignants entre plaisir et souffrance, PUF, 2001.

Le stress des enseignants
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  • vendredi 20 mars 2009
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